Ironman 70.3 Sables d’Olonne

Une première fois sur ce format

La course commence en réalité la veille, le samedi.

Première étape : le retrait des dossards et le parc à vélo

Direction le palais des congrès pour récupérer dossard, bracelet, bonnet de natation, sacs de transition… L’organisation est impressionnante, tout est parfaitement huilé.

Une fois le matériel préparé et les affaires réparties dans les bons sacs, il est temps de déposer le vélo au parc. 

On y place les vélos côte à côte avec Maxime, déposent les sacs, on repère le parcours de transition, on dégonfle légèrement les pneus pour éviter qu’ils n’explosent avec la chaleur du lendemain, puis on repart. C’est une sensation assez étrange de laisser son vélo derrière soi pour la nuit. Une fois le parc fermé, il faudra lui faire confiance jusqu’au lendemain matin.

Jour J – Toute cette prépa pour aujourd’hui

Le réveil, lui, sonne à 3 h 30. Avant même de penser à la course, on part marcher quelques minutes pour réveiller le système digestif et les jambes. À 4 h, place à un petit-déjeuner qui tient au corps, quelques étirements façon yoga, et la journée peut vraiment commencer.

Quand on retourne au parc à vélo, il fait encore nuit. Le soleil commence doucement à se lever et des athlètes apparaissent de toutes les rues, une pompe à vélo à la main, avançant presque en silence vers le même endroit. Il y a quelque chose d’assez irréel dans cette scène, presque un décor de science-fiction, comme une foule hypnotisée qui converge vers un seul objectif.

On retrouve enfin nos vélos. Bidons installés, compteur fixé, flasque glissée dans le sac de course à pied… tout est prêt. Il ne reste plus qu’à rejoindre la Grande Plage.

Sur place, on retrouve nos supporters, on enfile les combinaisons et, très vite, l’heure du départ approche. À 6 h 45, je descends me faufiler dans le sas des moins de 37 minutes. Max me conseille d’aller m’échauffer dans l’eau, mais je suis persuadée que je risque de rater mon départ et de me faire piéger par la marée plus tard si j’attends trop longtemps. Je décide donc de rester au sec jusqu’au départ. Je sais que l’eau sera froide, mais largement supportable.

Dans le sas, je reste fidèle à moi-même. J’aide les personnes autour de moi à fermer leur combinaison, je discute avec Gaëlle qui me raconte un peu son parcours, puis avec Manon, licenciée au SCO et bénévole à Montreuil-Juigné. C’est son premier triathlon longue distance à elle aussi.

Étonnamment, je ne ressens aucune tension. Seulement de l’attente. Après tous les triathlons faits cette saison, cette phase d’avant-course est presque devenue familière.

Puis le moment arrive. Je me reconcentre, j’aperçois une dernière fois mes supporters. Un bisou envoyé de loin, un cœur avec les mains… et me voilà face à la bénévole du départ.

Natation 🏊‍♀️ 36min12 ➡️ 1:55/100m

J’ai clairement géré cette partie-là !

Une heure avant le départ, je prends un Doliprane pour l’épaule. Je savais que j’aurais mal, c’est le cas depuis le début de la saison. Il ne restait plus que 2000 m à tenir.

Juste avant le départ, je demande à la bénévole comment elle va. Elle me répond avec le sourire, me souhaite une bonne course, et c’est parti.

Je vais à l’eau. Comme j’étais sèche, je marche jusqu’aux genoux et m’arrose la nuque avant de me lancer.

Première bouée, deuxième bouée, puis le chenal. Par expérience, je me place un peu à l’extérieur… erreur. Je ne profite pas du tout du courant. Pourtant, j’ai l’impression d’avancer vite sans forcer. Je comprends vite que je suis en gestion quand j’arrive à distancer un mec qui venait régulièrement chercher la bagarre en quelques coups de bras.

La fin est un peu longue. Les bateaux défilent, alors je me rappelle que je nage dans le mythique chenal du Vendée Globe, avec les supporters qui nous regardent d’en haut. Ça reste une sacrée expérience.

Le ponton arrive enfin. Les bénévoles incroyables nous aident à sortir de l’eau, puis les automatismes reprennent : bonnet, lunettes, haut de la combi, et petite foulées jusqu’à la T1.

Je coupe ma montre sans voir ce que j’ai fait. On verra plus tard, l’objectif est de finir !

T1 6min24

La T1 est à la fois simple… et étonnamment compliquée.

Tout s’enchaîne presque automatiquement : courir jusqu’au sac bleu, enlever la combinaison comme à l’entraînement, récupérer le casque, les lunettes et la ceinture porte-dossard. Puis essayer d’enfiler les chaussettes avec les mains qui tremblent, entre le stress, l’adrénaline, la caféine et l’effort. Je range les affaires de natation, je cours jusqu’à mon vélo et j’enfile enfin mes chaussures avant de repartir.

Je lance un bisou avec ma supportrice qui me dit : « T’es bien, là ! ». Au milieu des encouragements d’un autre de nos supporters, je lui réponds en passant : « Après la liiiiigne ! ». Une phrase habituelle sur les triathlon. 

Vélo 🚴‍♀️ 03h03 ➡️ 30km/h

Je me mets en jambes étonnamment vite. Je suis calée, les sensations sont bonnes. En quittant la ville, les dix premiers kilomètres servent surtout à trouver le rythme : s’alimenter, s’hydrater et se placer sur la bonne intensité.

Le drafting est interdit, mais à puissance égale, on finit forcément par rouler avec les mêmes personnes. C’est comme ça que je fais la connaissance d’Amandine. On passera quasiment les 90 km ensemble. Une vraie sortie « Blablabike » à 130 watts… au point que l’arbitre nous glisse un petit avertissement.

Au 17e kilomètre, à Vairé, je retrouve mes supporters. Un bisou de loin, quelques encouragements, et ça repart. Les supporters ont un rôle énorme sur une course comme celle-ci. Ils redonnent de l’énergie, relancent la machine et cassent la monotonie des longues lignes droites.

Côté nutrition, tout est planifié : de quoi tenir 3 h 45, avec un ravitaillement prévu au kilomètre 52 ou 72 pour récupérer un bidon Ironman et des gels Maurten. Je n’avais pas prévu de manger ce qui était proposé sur les ravitos… mais autant repartir avec quelque chose quand même.

Vers le kilomètre 77, le temps commence à paraître long. Avec Amandine, on se dit qu’elle finira devant pour avoir le temps de se changer avant la course à pied, et qu’on se retrouvera à la T2. Le vent est de face, alors je me mets à compter les kilomètres. Puis, sans vraiment m’en rendre compte, il ne reste déjà plus que 10 km. À ce stade, c’est presque comme rentrer à la maison.

La routine continue jusqu’au bout : manger, boire… et même faire pipi sur le vélo.

T2 – 4 min 04

J’arrive à la T2 où je retrouve mes incroyables supporters. Je pose le vélo, enfile mes affaires de course à pied et attrape ma flasque de boisson isotonique… saveur menthe brûlante après plusieurs heures au soleil.

À ce moment-là, je remercie mes lacets à serrage rapide. Je ne suis pas certaine que j’aurais réussi à faire un nœud.

Course à pied 🏃‍♀️ – 2 h 07 (5:57/km)

En sortant de la transition, il y a un moment dont je ne suis pas très fière.

Mes supporters sont tous là, mais ma première question est : « Max ? ». On me répond son classement, alors que je voulais simplement savoir son temps. Je redemande, de façon assez sèche, portée par le stress et l’inquiétude. Deux de mes supporters se mettent alors à courir avec moi, appellent les autres pour obtenir l’information, et finissent par me rassurer : Maxime n’a pas encore terminé la course à pied. Avec le recul, j’aurais dû profiter de leur présence et les remercier davantage. J’espère m’être rattrapée ensuite, et je suis certaine qu’ils comprendront pourquoi j’ai réagi comme ça.

Les premiers kilomètres partent vite, mais les sensations sont excellentes. Je garde ma flasque tiède à la main et je m’oblige à boire régulièrement.

Je croise Baptiste, qui me lance qu’à cette allure, exploser au 15e kilomètre serait presque normal. Pourtant, mon cardio est parfaitement maîtrisé. Les kilomètres passent, je tiens mon allure cible, et même un peu mieux. Je ne comprends pas vraiment comment, mais tout est au vert.

Je finis par rejoindre Alexandra, du Paris RMA. On court ensemble jusqu’à l’arrivée, au même rythme.

Au 17e kilomètre, les jambes commencent à se tétaniser. Au 18e, les crampes arrivent. Les trois derniers kilomètres se font dans la douleur. Je n’ai plus qu’un objectif : ne pas marcher, ne pas m’arrêter.

L’hydratation, elle, est bonne. En revanche, côté alimentation, c’est un vrai désastre avec la chaleur. La boisson isotonique devenue brûlante, les gels écœurants, les ravitaillements à base de coca, d’eau et d’électrolytes… mon estomac finit complètement retourné. Il faut aussi gérer ça jusqu’au bout.

Tout au long de la course à pied, je dépasse beaucoup d’hommes qui marchent. Je dois l’avouer : ça me fait plaisir. Malgré la douleur, moi, je continue à courir.

Arrivée 05:57:59 🏅

Je franchis la ligne à bout de forces. On me remet ma médaille et je vais m’effondrer devant Maxime et mes supporters.

Quelques secondes plus tard, j’enlève la médaille, les chaussures et la trifonction. Je sens immédiatement que quelque chose ne va pas. Les vertiges arrivent, les nausées aussi, avec de grands moments de vide. Le coup de chaud pris sur la course à pied me rattrape.

Un secouriste m’installe à l’ombre, m’arrose et me fait boire. Je tiens à peine debout. Une fois mon état un peu stabilisé, il m’autorise à repartir avec Maxime pour essayer de m’alimenter.

À peine repartie, c’est un froid intense qui me saisit. Je lui demande de récupérer mon pull du matin, puis on rejoint le hall des ravitaillements. Maxime me prépare une assiette, mais je peine à avaler quelques bouchées : tout me donne envie de vomir.

On récupère ensuite les vélos, on passe à l’appartement pour une douche et des vêtements propres, avant de retrouver tous nos supporters pour les remercier et assister aux remises des prix.

Toute l’après-midi est compliquée, entre les baisses de tension, les vertiges et les nausées. J’ai franchi la ligne à 13 h 30, mais je ne réussirai à manger un vrai repas qu’à 20 h.

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