20 semaines pour faire rentrer 12 heures de sport dans une semaine déjà pleine
Mon premier IM 70.3
Quand je me suis inscrite à l’Ironman 70.3 des Sables-d’Olonne, mon objectif était assez simple : finir. Et si possible, terminer autour de 7 h.
À ce moment-là, je faisais du triathlon depuis 2024, principalement sur des formats S et M. Je m’entraînais environ 8 h par semaine et je savais déjà que mon profil était davantage tourné vers l’endurance que vers l’explosivité. Passer sur une distance plus longue semblait donc assez logique.
Enfin… « logique ».
Quand on me demandait pourquoi je m’étais inscrite à un Half Ironman, ma première réponse restait surtout : « parce que c’est marrant ».
Quelques mois plus tard, il allait falloir nager 1 900 m, parcourir 93 km à vélo puis courir 21 km.
Mais rétrospectivement, ce n’est pas vraiment la distance qui a constitué la plus grosse difficulté de cette préparation. Le véritable défi a été de préparer tout ça en continuant à travailler normalement pendant 20 semaines.
12 h d’entraînement ne rentrent pas toutes seules dans un agenda
Ma préparation représentait en moyenne 12 h de sport par semaine. Au minimum, il fallait placer 2 séances de natation, 3 séances de vélo, 3 séances de course à pied et 1 séance de renforcement.
Et 12 h, ce n’est qu’une moyenne.
2 stages de volume en avril et en mai m’ont amenée jusqu’à des semaines proches des 20 h d’entraînement.
La charge a augmenté progressivement. Les distances sont devenues plus longues, mais aussi plus rapides. Les enchaînements vélo-course à pied se sont multipliés. Les séances du club ont été intégrées à la préparation et j’ai participé à 6 triathlons à partir du mois d’avril.
Ces courses intermédiaires avaient un véritable intérêt dans la préparation. Elles permettaient de valider le matériel, la nutrition, les transitions et les enchaînements, mais surtout de rendre le triathlon de plus en plus banal.
Ce qui était impressionnant au début de l’année devenait progressivement normal.
Le problème, c’est que mon travail, lui, n’avait pas disparu entre-temps.
S’entraîner avant, entre et après les heures de travail
Il n’existe pas vraiment de secret pour trouver 12 h disponibles dans une semaine : il faut utiliser les espaces qui restent.
Une séance pouvait donc commencer à 6h30 avant d’aller travailler. Une autre se glissait entre 12h15 et 13h30. Et le soir, la plage 18h-22h permettait de caser les entraînements plus longs ou les séances club.
La plupart du temps, je faisais 2 séances dans la journée. Et mon jour de « repos » pouvait simplement être un jour avec 1 seule séance.
J’ai rapidement posé une règle : la préparation devait s’adapter à mon travail, et non l’inverse.
Mes horaires professionnels sont restés sanctuarisés. Il fallait anticiper les réunions, les déplacements et les différentes contraintes pour organiser mes entraînements autour.
Je voulais également conserver le même niveau de présence et de concentration pour ma cliente. Je n’avais aucune envie que mon projet personnel ait un impact sur la qualité de mon travail.
Mais j’ai découvert au passage qu’il n’était pas toujours nécessaire de séparer complètement les 2.
Quand l’entraînement devient aussi un moment professionnel
Certaines séances de course à pied ont fini par trouver une place assez particulière dans mon agenda : la pause déjeuner, avec des collègues ou des personnes côté client.
Pour moi, le calcul était plutôt intéressant : j’avais 1 h de course à pied à placer dans ma journée et, au lieu de partir courir seule, je proposais à d’autres de venir.
Je cochais ma séance, mais je motivais aussi des collègues à sortir du bureau et à bouger.
Et finalement, ces sorties ont apporté beaucoup plus que quelques kilomètres dans mon plan d’entraînement.
Courir avec quelqu’un pendant 1 h crée un échange assez différent d’une réunion Teams, d’un déjeuner ou d’une conversation entre 2 portes. On parle du travail, évidemment, mais pas uniquement. On apprend à connaître les personnes autrement, les discussions sont plus informelles et les barrières professionnelles tombent un peu.
Dans mon cas, ces moments ont participé à renforcer les liens avec ma cliente et mes collègues.
Ma préparation n’a donc pas seulement réussi à cohabiter avec mon travail. Par moments, les 2 se sont même nourris.
Et si, au passage, mon besoin de caser une séance permettait à quelqu’un d’autre de courir alors qu’il serait resté assis devant son ordinateur, c’était plutôt une bonne optimisation de la pause déjeuner.
20 semaines avec un sujet de conversation tout trouvé
Il y a aussi un effet auquel je n’avais pas forcément pensé au moment de m’inscrire : pendant 20 semaines, j’ai eu un formidable sujet de conversation à la machine à café.
« Tu en es où de ta préparation ? »
« Tu as fait une course ce week-end ? »
« Mais pourquoi ? »
Les entraînements, les sorties sous la pluie, les stages, les courses de préparation, le matériel, la nutrition ou simplement l’idée de préparer un Half Ironman alimentaient régulièrement les conversations.
Et mine de rien, avoir quelque chose à raconter qui ne concerne ni le projet en cours, ni le prochain comité, ni le dernier fichier Excel crée aussi du lien.
Le sport devient une porte d’entrée.
Certains collègues pratiquent déjà. D’autres racontent qu’ils couraient avant. Certains commencent à parler de leur dernière sortie vélo. D’autres ont envie de reprendre une activité ou simplement de comprendre pourquoi quelqu’un décide volontairement de se lever à 6h30 pour aller courir avant de travailler.
Le triathlon, c’est aussi un réseau
Il faut également parler d’un aspect assez particulier du triathlon longue distance : c’est un sport cher.
Un vélo, une combinaison, un casque, un GPS, des chaussures, une trifonction, les inscriptions aux courses, les déplacements… la barrière financière est importante.
Et cela se ressent forcément dans les personnes que l’on rencontre.
Au club, pendant les stages, sur les courses ou lors des sorties longues, on croise beaucoup de personnes avec des parcours professionnels très différents, mais souvent avec un point commun : elles ont les moyens financiers et suffisamment de maîtrise de leur emploi du temps pour consacrer beaucoup de temps et d’argent à leur sport.
Le triathlon devient donc aussi, de fait, un espace de networking.
Pas nécessairement volontairement. Personne ne vient au club avec une pile de cartes de visite dans la poche arrière du maillot.
Mais quand on passe 3 h à pédaler à côté de quelqu’un, on finit rarement par parler uniquement de vélo.
On parle boulot. De son entreprise. De ce qu’on fait. De ses projets. De ses envies de changement. Des personnes que l’on connaît.
Et les relations se créent très différemment lorsqu’on a partagé des entraînements, un stage ou une course.
Je pensais au départ devoir réussir à protéger ma vie professionnelle de mon entraînement. J’ai finalement découvert qu’il pouvait aussi exister de vraies passerelles entre les 2 : motiver des collègues à bouger, mieux connaître les personnes avec lesquelles je travaille, avoir autre chose à raconter à la machine à café et développer, grâce au triathlon, un réseau complètement extérieur à mon environnement professionnel habituel.
Le sport prenait énormément de place dans mon agenda.
Mais cette place n’était pas nécessairement prise contre le travail.
Et oui, préparer un Ironman coûte cher
Il y a ensuite la question que tout le monde finit par poser : combien ça coûte ?
Rien que le dossard de l’Ironman 70.3 des Sables-d’Olonne représentait environ 500 €.
Pour ce prix, on récupère notamment un T-shirt, un sac à dos, une médaille à l’arrivée… et un bidon si on arrive à l’attraper sur la route.
Évidemment, l’inscription n’est qu’une petite partie du budget.
En additionnant mon vélo, ma combinaison, mes pédales, mon GPS, ma trifonction, mon casque, mes chaussures et le reste du matériel nécessaire pour prendre le départ, j’arrive à environ 6 000 €, dossard compris.
À cela se sont ajoutés environ 1 500 € de dépenses liées à la préparation.
Tout n’a évidemment pas été acheté spécifiquement pour cette course et une grande partie du matériel sera utilisée pendant plusieurs années. Mais cela donne une idée de l’investissement nécessaire derrière une inscription à 500 €.
La fatigue de la préparation n’est pas seulement musculaire
Physiquement, le corps doit apprendre à encaisser de plus en plus de volume. Dans mon cas, il a également fallu composer avec des blessures, notamment une douleur importante à l’épaule.
Mais la partie mentale a probablement été au moins aussi importante.
Les semaines deviennent très répétitives. Il y a des séances qu’on a envie de faire et d’autres beaucoup moins. Pourtant, le lendemain matin, le réveil sonne quand même.
J’ai eu des coups de déprime, de la fatigue et des périodes où mon système nerveux était particulièrement sollicité. La respiration a d’ailleurs pris une place importante pour essayer de gérer tout cela.
Et il y avait la peur.
Au début de la préparation, elle ressemblait surtout à ça :
« J’ai peur de ne pas réussir à finir. »
Puis la course s’est rapprochée et elle s’est transformée.
« J’ai peur de mourir pendant la natation. »
À quelques jours du départ, je n’avais paradoxalement plus tellement peur de la distance. Après 20 semaines d’entraînement, mon corps savait faire. Mais mon cerveau avait trouvé autre chose sur lequel se focaliser.
C’est aussi dans ces moments-là qu’on réalise qu’une préparation individuelle est en réalité un projet assez collectif.
Ce qui disparaît progressivement, c’est la spontanéité
Parce que les journées, elles, restent composées de 24 h.
Et c’est probablement l’une des choses dont on parle le moins lorsqu’on évoque la préparation d’une longue distance.
On parle des kilomètres, des watts, des allures et des heures d’entraînement. Beaucoup moins de tout ce que ces heures viennent remplacer.
Pendant 20 semaines, j’ai progressivement eu moins de temps disponible pour le reste. J’étais présente pour les événements importants, mais moins pour les petits moments du quotidien.
Une sortie improvisée devient plus compliquée quand 3 h de vélo sont prévues le lendemain. Un week-end n’est plus vraiment vide quand il contient une sortie longue, une 2e séance et toute la récupération qui va avec.
Il faut donc s’organiser.
Chez moi, ça a donné une aide ménagère pour déléguer une partie des tâches, énormément d’anticipation, des habitudes très installées, de la discipline… et beaucoup de matières premières Picard pour simplifier les repas.
Je n’ai évidemment pas arrêté de vivre pendant 5 mois. Il y avait toujours des entraînements pour le plaisir avec les copains, des moments importants avec mes proches et même du champagne au mariage de ma cousine.
Simplement, il fallait davantage choisir.
Derrière une ligne d’arrivée, il y a beaucoup de monde
Mon conjoint était également mon coach. Il construisait mes séances, suivait ma progression, me sortait parfois du lit pour aller m’entraîner et récupérait aussi la partie beaucoup moins glamour du coaching : écouter mes larmes et mes doutes.
Les copains d’entraînement ont permis de garder une dimension plaisir dans une préparation qui pouvait devenir très répétitive.
Ma famille et mes amis ont dû accepter que je sois moins disponible pendant quelques mois.
Parce qu’un projet comme celui-là ne concerne finalement jamais uniquement la personne qui porte le dossard. Quand une partie des soirées et des week-ends est occupée par les entraînements, les personnes qui vivent autour doivent elles aussi s’adapter.
Et ce soutien devient encore plus important le jour de la course.
Entendre quelqu’un qu’on connaît au bord du parcours peut sembler anecdotique depuis son canapé. Après plusieurs heures d’effort, ça ne l’est absolument plus.
J’avais même mon manager sur le parcours.
Bon, techniquement, il était venu soutenir sa sœur.
Mais je prends quand même.
Puis, un matin, il n’y a plus rien à préparer
La veille de la course, j’ai récupéré mon dossard, préparé mes sacs de transition et déposé mon vélo.
Le matin, réveil très tôt, marche d’activation, vérification du vélo, combinaison et direction le sas de départ.
À 7h40, après 20 semaines à organiser, anticiper, déplacer des séances et réfléchir à cette course, il n’y avait finalement plus grand-chose à faire.
Juste avancer.
1 900 m de natation.
93 km de vélo.
21 km de course à pied.
Et une ligne d’arrivée.
Je la franchis en 5 h 57 min 59 s.
Mon objectif était de terminer, si possible autour de 7 h.
Je venais de passer sous les 6 h.
Pour la suite, je vous laisse lire le compte rendu de course :
Alors, peut-on préparer un Half Ironman quand on travaille ?
Oui.
Mais je ne pense pas que la bonne conclusion soit simplement : « il suffit d’être organisé ».
L’organisation aide énormément, évidemment. Mais préparer un Half Ironman en travaillant demande surtout d’accepter que, pendant quelques mois, une partie importante de son temps libre soit consacrée à ce projet.
Il faut choisir ses priorités, déléguer certaines choses, renoncer temporairement à un peu de spontanéité et pouvoir compter sur les personnes qui nous entourent.
En contrepartie, on construit quelque chose qui dépasse largement les quelques heures passées sur le parcours le jour de la course.
Parce qu’au fond, quand je repense à cette année, ce n’est pas la semaine où j’ai parfaitement rempli mon agenda qui me vient en tête.
Je retiendrai que j’ai fait une belle course et mené un beau projet sportif. Pas que j’ai rempli un Excel.
Et peut-être que c’est justement ça que cette préparation m’a appris : on peut prendre son travail au sérieux, continuer à bien le faire, sans lui laisser toute la place.

