Le début de l’aventure

Je ne sais pas exactement à quel moment les Mondiaux ont commencé pour moi. Peut-être quand je suis arrivée à Nice. Peut-être quand j’ai vu mon nom sur l’immense panneau du village IRONMAN. Ou peut-être dès le jeudi soir, quand tout était pourtant censé aller parfaitement bien et que je me suis pincé le nerf sacro-iliaque en arrivant avec mes affaires.

Ce que je sais, c’est que j’étais arrivée à Nice avec la sensation d’être prête. J’étais au top de ma forme, au top de ma puissance, dans ma phase folliculaire, et j’avais cette impression que rien ne pouvait m’arrêter. J’avais préparé ces Mondiaux pendant 2 mois et demi, dernière minute, mais correctement. Et soudain, le simple fait de mettre mes chaussettes sans avoir mal devenait compliqué.

Le jeudi soir, c’était un enfer. J’avais peur, évidemment, mais je me disais qu’avec quelques étirements, ça finirait bien par passer. Comme si ça ne suffisait pas, j’avais aussi remonté moi-même mon dérailleur pour la première fois. Le vélo fonctionnait, mais je gardais cette petite question en tête : est-ce que j’avais vraiment bien fait ?

Deux jours avant la course : entre excitation et appréhension

Le vendredi matin, je teste le vélo. Tout semble tenir. Puis je pars courir et là, rien. Pas de jus, pas envie. Tout est étrange. La ville est pleine de monde, il est difficile de circuler, je dors mal à cause du bruit et je commence à sentir mon appréhension monter. J’ai envie d’être là et, en même temps, j’ai envie d’être ailleurs.

Maxime, mon coach et conjoint, me rejoint. On prépare les sacs de transition, il vérifie le vélo, puis nous retrouvons ma maman pour aller chercher le dossard et déposer le vélo. Un café et un pain au chocolat plus tard, nous voilà tous les trois en route vers le Village IRONMAN.

La première chose que je fais en arrivant, c’est chercher mon nom sur le grand panneau. Et là, je bloque. Voir mon prénom et mon nom, aussi grands, au milieu de toutes ces femmes, me fait complètement déconnecter. Je me souviens juste de m’être dit : « OK… et baaaaaah… OK. » C’est probablement l’un des premiers moments où je réalise vraiment où je suis : aux Mondiaux et je vais faire un 70.3.

La journée continue entre Maxime qui attends 3h pour faire contrôler mon vélo, le dossard, goodies et ce sac beaucoup trop grand pour notre propre bien. Je rencontre aussi une supportrice qui me suit sur les réseaux. Être reconnue alors qu’on est finalement assez inconnue, c’est étrange, mais surtout touchant. Cela veut dire que ce que je partage est vu, et peut-être même que ça aide ou inspire quelqu’un. Ca rend l’expérience « Mondiaux » encore plus spéciale…

Pendant ce temps, ma maman est probablement plus fière que moi. Je continue à dissocier un peu. Le bracelet, le sac : tout semble presque normal, presque comme si j’avais fait ça toute ma vie. Alors que quelques années auparavant, je ne faisais même pas de triathlon.

Les derniers préparatifs

Après avoir récupéré le vélo, il faut préparer les transitions. Et là, je découvre l’ampleur du parc à vélos : 1,5 kilomètre de transition. Oh mazette.

Je pose mon sac de T1 et je doute de tout, alors que j’ai pourtant visualisé et répété cette installation une centaine de fois. Aux Sables, j’avais Maxime à côté de moi. Ici, je suis seule, dans un parc rempli de femmes que je ne connais pas.

Puis j’apprends que nous n’aurons pas accès aux sacs pendant l’après-midi. Je n’avais pas pris ma nutrition avec moi, hors de question de laisser mes gels cuire au soleil ! Sauf que finalement: Il faut donc changer le plan. Les bidons seront mis sur le vélo le matin et je vais transporter avec moi tout ce dont j’aurai besoin pour le vélo et la course à pied. Maxime part même acheter en urgence une flasque pour la CAP.

On dépose les affaires de T2 avec une flasque de poudre sèche, puis on rentre manger et se poser. Et surtout, j’essaie encore de régler ce dos. Je passe 45 minutes avec deux kinés du village IM qui m’ont retapée pour que ca tienne le samedi.

Le soir, Maxime devient vraiment coach. On visualise, on reparle du parcours, de la nutrition, on fait une répétition générale autour de pâtes aux lardons. La nuit, en revanche, est terrible. Le bruit, l’endroit inconnu… Heureusement qu’il y a Maxime pour rendre ça un peu moins pire.

Jour J : prendre le départ

À 4 heures, le réveil sonne. On marche un peu pour activer le système digestif. À 4h30, petit déjeuner : riz et beurre de cacahuète. À 6 heures, nous sommes au parc à vélos pour regonfler les pneus et vérifier les derniers paramètres.

Puis il faut rejoindre le sas.

Pas de combinaison cette fois-ci. Les affaires partent dans le sac de ville, un dernier câlin, un dernier bisou, et je me retrouve derrière les barrières avec toutes les autres femmes.

L’ambiance est particulière. Certaines en sont à leur première participation, d’autres à leur quatrième. Tout le monde est stressé, heureux, bienveillant. Et une question essentielle finit même par se poser : comment on fait pipi en attendant quand on n’a pas de combinaison et que tout est beaucoup plus visible ?

Un coucou, un bisou.

Et c’est parti.

La natation : 41 minutes où j’ai tout donné

La natation commence par deux bouées tout droit, puis un virage à gauche pour 500 mètres avec le soleil en pleine face. On ne voit rien. Il faut suivre les canoës et essayer de distinguer quelques pieds devant soi.

Au tournant, il y a un peu de bouchons, mais pas de chahutage ni de bousculades. Puis la plage arrive enfin.

41 minutes où j’ai tout donné.

J’ai plutôt bien navigué et j’ai trouvé ça agréable. J’ai encore du mal à nager dans les groupes, alors j’ai essayé de prendre les hanches d’une ou deux femmes. C’est clairement l’un des points que je dois encore travailler.

La sortie de l’eau est presque aussi étrange que la natation elle-même. Sans combinaison, tout change. À tel point que j’aide une femme devant moi à attraper le fil de sa swimsuit. Si les arbitres avaient vu ça, je pense que j’aurais été disqualifiée !

Je récupère mon sac, je rassemble mes idées et je pars vers le vélo. Un kilomètre plus loin, je retrouve le vélo, puis je cours encore 500 mètres avec lui avant de pouvoir vraiment commencer.

Ma première étape est all in.

Et je me sens bien.

Le vélo : tout donner, mais à mon rythme

Le vélo commence par une longue ligne droite, puis tout se déroule globalement comme prévu. Dès le premier kilomètre, je vois des personnes du club et Maxime. Plus loin, mes beaux-parents m’ont fait la surprise de venir. Ce ne sont que quelques secondes, mais c’est énorme de voir autant de monde.

Puis arrive la première grosse bosse, autour de 12 %. Une femme descend déjà de son vélo. J’espère fort que ça ira pour elle et, de mon côté, j’appuie simplement un peu plus fort.

Je n’ai pas reconnu le parcours. Je le découvre en direct. Mais je l’avais déjà fait sur home trainer, donc je sais quoi faire et je sais que je peux y arriver.

J’ai mal aux fesses dès le 30ème kilomètre. Je profite du paysage, j’encourage des femmes, je profite de ma course au maximum et je respecte mes watts. En haut, comme prévu, je récupère mon bidon de course et je retrouve des amis du club. Un super moment. Tellement que je lâche un « WAOUW » sur un toboggan juste après le sommet.

Mais la partie que j’appréhende le plus arrive ensuite : environ 40 kilomètres de descente avec des virages. Je me fais beaucoup doubler, je rattrape quelques personnes, je double aussi et je me fais quelques frayeurs. Pour moi, 40 kilomètres de descente dans les virages, c’est beaucoup.

Je ralentis dans un village pour réussir à boire et à m’alimenter correctement. Puis arrive le fameux mur des 65 kilomètres. J’en ai marre. J’ai mal aux fesses et j’ai envie de tout lâcher.

Mais je connais ce mur. Alors je m’accroche. Je me rappelle que c’est une habitude et que ça va passer.

Le retour vers la Promenade des Anglais semble interminable. J’avais oublié qu’on allait dépasser les 90 kilomètres. Les deux ou trois derniers kilomètres sont infinis.

Sur le vélo de route, on rêve d’avoir un vélo chrono.

C’est l’enfer sur terre.

T2 : repartir

Puis arrive la T2. Il faut gérer la technique, la maniabilité du vélo, se changer et repartir.

Et là, nouvelle surprise : la vice-présidente du SCO est bénévole et m’encourage. Trois secondes à peine, mais encore une fois, cela suffit à me faire sentir soutenue.

La course à pied : tenir

Je pars alors pour la course à pied avec très peu de choses sur moi. Pas d’eau, rien. Heureusement, j’ai pris davantage de gels sur le vélo que ce que j’avais prévu au départ.

Au bout d’environ un kilomètre, j’aperçois ma maman au loin. Elle a une pancarte, une clochette, son sac à main et tout un attirail pour faire du bruit. Et évidemment, elle ne me voit pas arriver. Moi, je vois sa joie et sa précipitation. Ça me fait du bien.

Puis commencent deux fois dix longs kilomètres de palmiers et de béton, avec des ravitos tous les trois kilomètres. Le décor change très peu, le terrain non plus. C’est affreusement monotone. Même le demi-tour au niveau de l’aéroport est triste, heureusement avec un stand de musique pour mettre un peu d’ambiance.

Maxime est partout, accompagné de Bastien et des copains.

Au kilomètre 12, mon dos recommence à me faire mal. C’est la douleur du jeudi. Puis le genou droit, l’épaule, et finalement un peu partout. Au kilomètre 16, je n’en peux plus de douleur.

Mais je sais qu’il ne reste plus tant que ça. Je sais que je peux tenir. Alors je tiens.

Mon allure passe de 5:45 à 5:55 et j’essaie de m’y accrocher. Je veux à tout prix faire mieux qu’aux Sables.

Les deux derniers kilomètres

À deux kilomètres de l’arrivée, je fonds en larmes en courant.

Je sais que je vais le faire. Je réalise ce qui est en train de se passer et, surtout, je suis fière.

Pendant toute la course, je me suis forcée à me dire « je suis fière de moi » et à mettre des mots dessus : je suis fière de ma natation, fière de mon vélo, fière de ma course à pied.

Et là, je vais être fière de ma course.

J’aurais voulu m’arrêter là. J’aurais voulu m’effondrer. Mais je tiens.

Sur le tapis rouge, je vois ma maman. Elle a les larmes aux yeux. Je prends deux secondes pour la prendre dans mes bras, puis je vais finir ma course.

Je lève les bras sur la ligne d’arrivée avant de m’effondrer en larmes et en manque d’air contre la barrière d’arrivée.

J’enlève mes chaussures. Camille, une bénévole, vient me mettre la médaille autour du cou et une serviette sur les épaules. Elle aussi a les larmes aux yeux.

Et voilà.

C’est fait.

Et pas de secouristes cette fois-ci. J’ai étrangement fini en bon état.

Après la ligne d’arrivée

Après la ligne, il faut encore monter et descendre un escalier, marcher, recevoir quelques félicitations, aller chercher le t-shirt et la casquette. Je ne prends pas de photo. J’ai juste envie de retrouver ma famille.

Je n’arrive pas à manger. Je passe aux toilettes et je pars. Je retrouve mes proches, on récupère le vélo et on rentre avec Maxime.

J’ai besoin d’une douche et de vêtements propres. Et, en même temps, j’avoue m’être fait pipi dessus.

Une fois douchée, on repart directement manger avec la famille. Des amis viennent prendre l’apéro et, enfin, j’anticipe la pizza tant attendue.

Et voilà.

J’ai fait les Mondiaux 70.3.

6h44 de course.

Une course que j’avais imaginée, préparée et visualisée pendant des mois, mais qui ne s’est pas exactement passée comme prévu. Il y a eu de la douleur, des doutes, des larmes, des encouragements, des surprises et énormément de fierté.

Mais surtout, il y a eu quelque chose que j’ai essayé de me répéter pendant toute la course et que je peux enfin dire sans avoir besoin de me convaincre :

Je suis fière de moi.


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